ROAD Book… Chapitre 3

Chapitre 3 du roman ROAD Book

Road Book de l'auteur Gilles Deschamps

C H A P I T R E      3

  

– Hé voilà ! Le camion est chargé. Une page se tourne, lance Charlie à Tom la voix chargée d’émotion.

– Ouais, on en a vécu des bons moments ici.

– Heureusement ce n’est qu’une étape, dans quinze jours tu me rejoins en Corse pour les vacances et en septembre on aménage à Paris pour le début de la grande aventure.

– T’as raison : c’est que le début ! On va en faire des grandes choses ensemble, mais on referme quand même un beau chapitre du livre de nos vie aujourd’hui, chuchote Tom tout en tournant la clé de l’appartement qui a été le théâtre, durant trois ans, d’une vie d’étudiant comme ils n’en revivront jamais plus.

*

Il est six heures trente du matin, le bateau de la SNCM longe tout doucement les côtes de l’île de beauté. Même si l’arrivée n’est prévue que dans une heure, Tom est déjà sur le pont, son boitier à la main. Une lumière chaude se dépose sur ces superbes collines escarpées qui se jettent dans la Méditerranée. Ils viennent à peine de dépasser le Cap Corse et se dirigent à présent vers le port de Bastia. Charlie est encore dans la cabine ; lui, est habitué à ce spectacle magique faisant le trajet chaque été depuis vingt ans. Tom, quant à lui, mitraille le panorama à grands coups de déclencheur. Étant pour sa part plus habitué aux photos de studio, il se délecte des paysages changeant chaque seconde en fonction du soleil qui grimpe vers son poste de travail journalier et du cargo fendant inexorablement l’écume.

– Alors ! Je t’avais pas dit que ça valait le coup de se lever un peu plus tôt ? lance Charlie à Tom qui se retourne, surpris d’entendre son ami.

– Rien à dire, ça le fait ! Je pourrais d’ailleurs faire ça tous les jours… y’a pas de problèmes !

– Banco ! Si ça te branche, à défaut d’un paquebot je te propose le zodiac de Doumé pour aller plonger tous les matins ?

– Un peu que ça me branche. Mais ce Doumé, il est sûr comme type ? Je voudrais pas finir dans les profondeurs du Cap Corse, j’ai encore plein de trucs à vivre.

– Ne t’inquiète pas, c’est un ancien prof de plongée à la retraite, et tous les jours il part se faire son petit trip au large, histoire de dire bonjour à deux trois mérous.

Pendant qu’ils parlent, le bateau vient de rentrer dans le port de Bastia, leur offrant une vue exceptionnelle sur la vieille ville, mélange de façades en lambeaux qui feraient plus ressembler ce coin à Beyrouth qu’à un paradis français, et de somptueux immeubles restaurés aux couleurs criardes du plus bel effet. Cependant, il règne ici une quiétude propre au monde insulaire ; tout à l’air paisible. Le soleil enveloppe de sa douce chaleur les montagnes qui surplombent la ville échouée sur les récifs et Tom est instantanément séduit par ce spectacle qui s’offre à ses yeux.

Une demi-heure plus tard, le temps de décoincer tout cet imbroglio de voitures enchevêtrées dans les entrailles du navire, nos deux compères voguent sur la route torturée du Cap Corse au volant de leur vénérable 2CV qui tient toujours le coup.

– Première halte. Je vais te faire prendre un petit déjeuner dans un endroit de rêve : Erbalunga.

– Je suis prêt. De toute façon, pendant une semaine, c’est toi le guide.

Une fois garés, ce qui n’est pas une mince affaire en plein été, ils se dirigent vers le centre du petit village fait de microscopiques ruelles, d’escaliers se jetant dans la mer et de placettes donnant sur un minuscule petit port au charme ancestral. Quand Tom aperçoit la terrasse de café à quelques mètres de l’eau, il siffle et se tourne vers Charlie :

– C’est là que tu veux me faire prendre un café ?

– Non, là c’est encore un peu faible.

– Tu plaisantes j’espère ! Si je pouvais me réveiller tous les matins en contemplant ça, je serais le roi du pétrole.

– Alors accroche-toi, car là où je t’emmène tu ne vas pas t’en remettre ! Et au même moment il bifurque dans une ruelle sombre, s’arrête devant une vieille porte qui ne paye pas de mine et tambourine à cette dernière. Vingt secondes plus tard elle s’ouvre et un homme de soixante-dix ans environ apparait, prenant instantanément Charlie dans ses bras.

– Quel bonheur de te revoir mon petit gars ! Entre donc avec ton ami !

– Tom, je te présente William. Écrivain de génie, partageant sa vie entre l’Irlande et ici.

– Enchanté ! Tom, photographe en herbe et colocataire de Charlie.

– Venez vous assoir sur la terrasse, il y a du café et des croissants, les invite l’irlandais.

En arrivant sur le balcon surplombant la mer, entouré de vieilles maisons les pieds dans l’eau, Tom comprend que son pote ne lui a pas menti. Il n’a jamais rien vu d’aussi serein : c’est l’endroit idéal pour passer des heures à écrire en toute quiétude, enfin peut-être pas en pleine après-midi de juillet, mais là, à neuf heures du matin, c’est tout bonnement un enchantement.

– Vous êtes venus passer l’été chez ton grand-père ?

– Oui, Tom profite de cette semaine encore un peu tranquille, avant l’arrivée du reste de la famille, pour venir se ressourcer dans notre petit coin de paradis.

– Tu vas voir Tom, ici c’est beau, mais l’été il y a trop de monde, d’ailleurs pendant cette période je ne sors plus entre onze heures et dix-huit heures… c’est infernal. Par contre à Tollare, chez Louis, vous serez peinards dans le hameau le plus au nord de l’île, et si vous désirez un peu d’activité, vous n’aurez que deux kilomètres à faire pour aller dans le petit port charmant de Barcaggio, mais je suppose que Charlie a déjà dû tout t’expliquer !

– Pas vraiment, c’est un petit cachottier. Il préfère que je découvre tout au fur et à mesure.

– Déjà, je l’emmène plonger demain avec Doumé.

– Alors p’tit gars : n’y va pas avec lui si tu tiens à ta vie, il n’y a que quelques kilomètres, mais ce furent les plus longs de toute ma vie !

– Bon, ok ! Je voulais te garder la surprise pour demain matin mais… et puis si… tu verras demain !

– Alors gomettre un cierge tonight, baragouine William dans un franglaisapproximatif avant d’exploser de rire.

         De son côté, Tom ne sait comment prendre la chose, mais finit par opter pour le côté positif en se fendant d’un grand éclat de rire.

*

Le petit déjeuner fut gargantuesque tellement leur hôte était content d’avoir de la compagnie, et après avoir discuté de mille sujets en laissant vagabonder leurs yeux sur cette mer d’huile, ils prirent congé de William, lui promettant qu’ils repasseraient avant la fin de la semaine.

Ce dernier n’avait pas menti : plus ils s’éloignaient de Bastia et plus la circulation se fluidifiait. Dès qu’ils quittèrent la route principale, un peu après Rogliano, empruntant un tout petit chemin goudronné afin de descendre vers Tollare, le pourcentage de véhicule flirtait avec zéro. Quand ils arrivèrent au-dessus du hameau et sa petite vingtaine de maison, Tom resta bouche bée. C’était un endroit comme il n’en reste plus beaucoup ; une petite parenthèse d’authenticité, un havre de paix, un endroit idéal pour passer une semaine loin de tout avant d’affronter Paris et sa vie trépidante.

Charlie fut surpris de ne pas trouver son grand-père, mais un petit mot l’attendait sur la table du jardin :

Salut les petiots, je vous ai attendu une heure, mais quand j’ai vu que vous n’arriviez pas, je me suis dit que vous vous aviez surement dû faire une halte chez ce vieil irlandais d’Erbalunga. Du coup j’en ai profité pour aller faire quelques courses. On se retrouve pour l’apéro. Ah oui ! J’allais oublier, j’ai donné la chambre de tes parents à ton copain, c’est la plus jolie vue. À tout à l’heure les gosses. Papi.

Le grand-père de Charlie n’avait pas menti, la vue était saisissante ; de là on pouvait voir les dernières côtes escarpées du Cap, l’île de Capraiaet la tour de Tollarequi avait les pieds dans l’eau. « Parfait pour faire la sieste ou fainéanter en lisant un bon bouquin, puisque c’est le sport national ici », pensa Tom en admirant le panorama.

Comme ils avaient un peu de temps devant eux, avant le retour du vieil homme, ils allèrent à pied chez Doumé, qui habitait une maison un peu isolée à environ un kilomètre.

En les voyant arriver, ce dernier fondit sur eux les bras ouverts. Une fois les retrouvailles et les petites phrases d’usages passées, Charlie lui demanda s’il plongeait toujours, ce à quoi il répondit par l’affirmative et tout naturellement il les invita, sachant que le petit-fils de Louis adorait ça. La seule condition : c’était de partir aux aurores. Sur ces entrefaites, ils reprirent la direction du village, en se donnant rendez-vous le lendemain matin à six heures trente.

        

Un quart d’heure plus tard, Tom et Charlie étaient assis dans le jardin un verre à la main, quand ils virent arriver une méhari verte klaxon bloqué.

*

– Tiens, les voilà.

– C’est ta grand-mère avec lui ?

– Non. C’est Suzy sa voisine. Mais je suppute qu’il y a un truc entre eux deux. C’est louche, ils sont toujours fourrés ensemble ! Remarque, je trouve ça plutôt cool et encourageant pour nous, de savoir que même passé soixante ans on peut toujours avoir les mêmes attitudes qu’à vingt ans. D’ailleurs il faudra que tu lui demandes de te raconter comment il est arrivé ici, ça vaut son pesant de cacahuètes.

– Message reçu, approuve Tom.

– Ohé les gosses ! hurle Louis au volant de sa Deutchole déguisée en coupé décapotable.

– Salut Papi ! s’égosille à son tour Charlie.

– Je vois que vous avez vite pris les bonnes habitudes : une bière et un pastis, voilà ce que j’appelle la belle vie ! Allez, donnez-nous un coup de main et on vous accompagne autour de la table.

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les deux amis vident le chargement de la Citroën et servent deux verres aux retraités.

– Alors, quoi de neuf ?

– Et bien… On vient de finir notre école, Tom a eu le premier prix de la section photo et moi le prix spécial court métrage de la section audiovisuel !

– Donc, on peut dire que vous avez mérité votre semaine de vacances !

– En effet, on peut le dire…

– Qu’est-ce que vous pensez de gambas à la plancha, avec une marinade secrète de Suzy, pour bien démarrer votre séjour en Corse ?

– Je m’en délecte d’avance, ose Tom qui jusqu’à présent, devant les retrouvailles du petit fils et de son aïeul, était resté en retrait. Au fait : merci pour la chambre,c’est le paradis.

– Je savais qu’elle te plairait. N’oublie pas d’immortaliser la vue magistrale de la fenêtre, elle te remontera le moral les jours de blues à Paris, lance le grand-père un petit sourire accroché aux lèvres.

*

Le repas fut une réussite, la sieste : divine, la partie de plage qui s’en suivit : un enchantement, la soirée aux bougies : exquise et c’est le cœur léger qu’ils allèrent se coucher en n’omettant pas de mettre leur réveil sur le dur chiffre des heures : le six… pour des vacances.

*

– Allez Tom ! On émerge !

– Quoi, qu’est-ce qui se passe ?

– Plonger… Doumé… réveil… Corse. Est-ce que tous ces mots te parlent ?

– Oh merde ! J’ai pas entendu le réveil ! C’est quelle heure ?

– Six heures quinze. Mais ne t’en fais pas on déjeune en mer et tu n’as pas besoin de te doucher, vu que tu vas passer la matinée dans une baignoire géante.

En cinq minutes Tom a enfilé son pantalon et un sweat, lacé ses chaussures et pris son baluchon qu’il avait eu la bonne idée de préparer la veille, si bien qu’à six heures vingt-cinq ils attendent Doumé tranquillement installé dans le jardin. Au bout de trois minutes un bruit incroyable envahit l’anse.

– Mais qu’est-ce que c’est que ce vacarme ?

– C’est Doumé ! William t’avait prévenu !

– Mais il vient en fusée ou quoi ?

– Non, c’est un nostalgique ; il a restauré la célèbre Ferrari 308 GTB bleue du champion de Rallye Jean-Claude ANDRUET, flanquée de son mythique sponsor : PIONEER, et il ne s’en sert que le matin pour aller à Barcaggioplonger, soit en tout et pour tout : six kilomètres.

– Tu sais que tu me parles chinois, en me racontant tout ça !

– Alors regarde plutôt, lui dit Charlie en voyant débouler le superbe coupé sportif de la marque au cheval cabré.

– Wouah ! Et il ne s’en sert pas plus ?

– Non. C’est son p’tit shoot journalier, son rail de coke bien à lui. Bon, de temps en temps on entend bien ce bruit énorme gronder dans la montagne et là, on sait tous que Doumé a besoin d’évacuer quelque chose au volant de son monstre. Sinon il roule dans une vieille Fuego ; quand je te disais que c’était un nostalgique.

– Bon, va falloir vous serrer les gamins, y’a qu’deux places !

– Pas de problèmes, on est sveltes, répond Tom un peu dérouté.

Et tandis que les deux amis se contorsionnent pour se glisser dans l’habitacle exigu de la bête de course, Doumé enclenche la première.

– À ta tête, je vois que ton copain ne t’avait pas prévenu ! Il aime bien jouer ce tour à ses invités. Alors accrochez-vous ; le manège est parti…

À peine la Ferrari a-t-elle fait trois cents mètres que le conducteur enfonce la pédale de droite, collant les deux compères, même pas attachés, au fond de leur siège baquet. Dans les virages Tom est obligé de se cramponner à l’arceau pour ne pas valdinguer dans les bras du conducteur ou s’écraser contre la vitre latérale, au premier freinage il n’a pas trop de deux mains pour se rattraper avant de s’écraser contre le pare-brise. Tom se dit que si quelqu’un surgit en face… ils sont morts. Le bruit est assourdissant et l’eau, juste en dessous de la route sans parapet, semble les attirer. Mais Doumé est hilare, il s’amuse. L’espace de trois kilomètres, tous les jours, il a à nouveau vingt ans et cela suffit à son bonheur.

Quand la voiture stoppe sur le petit port de Barcaggio, Tom est partagé entre le fait d’avoir vécu un truc extraordinaire et l’envie de coller une droite à ce pilote, au demeurant virtuose, qui vient de le faire mourir de trouille. Ce n’est que la perspective d’aller en mer qui le fait pencher pour la première option.

– Désolé, mais j’ai besoin d’un petit quart d’heure afin de reprendre mes esprits. Je vais prendre l’air, dit-il en s’éloignant.

Instinctivement, Charlie et Doumé se regardent comme deux gosses qui viennent de jouer un bon tour et éclatent de rire.

Heureusement pour eux, dès qu’il s’agit de plonger, Doumé est très rigoureux. Il vérifie le matériel méticuleusement et une dizaine de minutes plus tard quand Tom revient, le bateau est prêt à appareiller.

– Bon, tu as bien ton premier degré de plongée ?

– Oui. Je l’ai passé en piscine à Toulouse.

– Quoi ? Dans deux mètres d’eau ?

– Non. Dans une fosse artificielle de trente mètres.

– Je préfère ça, mais tu vas voir gamin, c’est autrement plus spectaculaire avec une vraie flore et une authentique faune aquatique corse, dit-il en bon chauvin, amoureux de son île et de ses trésors naturels.

– Je n’en doute pas un seul instant.

Pendant qu’ils discutent le bateau s’éloigne et à une centaine de mètres de la côte le pilote coupe les gaz.

– Bon, tu vois petit, la particularité des eaux corses : c’est d’être très pures et transparentes. À cet endroit tu peux voir à vingt mètres de profondeur.

Tom, intrigué, se penche par-dessus bord afin de constater de visu ce que vient de lui dire le plongeur chevronné :

– Vous plaisantez, on voit que dalle !

À cet instant Doumé braque totalement la barre du bateau et ce dernier se met à tourner en rond tout doucement. Au bout de quelques tours sur place, les vagues qui s’entrechoquent en se croisant finissent par provoquer un phénomène naturel qui rend parfaitement lisse la surface, comme par jour de calme plat, et brusquement l’eau devient transparente comme du cristal !

– Et maintenant, qu’est-ce que tu en dis ?

– Incroyable…

– Regarde bien comment on fait pour mesurer le fond !

Tout en leur parlant il sort une pièce de sa poche et la lance dans l’eau. Le petit rond de métal tourne sur lui-même tout en se dirigeant vers le fond des mers.

– Tu vois, si tu imagines qu’il faut environ trois secondes à ce petit bout de métal pour faire un mètre, tu n’as qu’à compter et tu sais environ combien de mètres tu as sous la coque. Dans le cas présent, il y a plus de quarante secondes que je l’ai jetée et tu la vois toujours tournoyer et briller grâce aux reflets du soleil ; il y a au moins quinze mètres là-dessous.

– Je pense que j’aurais mieux fait de me taire : j’ai bien compris la leçon ! lâche Tom, l’air penaud.

– Ce n’est pas grave, comment aurais-tu pu le savoir ? Allez on enfile les combis et on va voir ce qui se passe sous la coque ; c’est un peu pour ça qu’on est venus, non ?

*

Dix minutes plus tard, ils palmaient à dix-huit mètres de profondeur, flirtant avec la roche à coup de stab qu’ils gonflaient ou dégonflaient au gré du relief. On pouvait voir deux yeux exorbités à travers le masque de Tom. « C’est fou, c’est tellement différent de ce que j’ai fait à Toulouse. Ici tout est magique, le relief est exceptionnel, en fait les montagnes continuent sous l’eau. Oh ! La roche bouge », se dit Tom en voyant la tête d’un mérou sortir d’un trou « Et là-bas au fond ; c’est une raie Manta d’au moins deux mètres. Moi je veux plus remonter ; je reste là »,s’entendit-il penser, bercé par la houle.

*

Pourtant, au bout de quarante minutes, il lui faut se résigner à reprendre la direction de l’air libre. Dès qu’il enlève son masque, alors qu’il flotte allègrement porté par sa stabgonflée, Tom hurle de bonheur.

– Quel pied ! Quelle expérience ! Merci Doumé.

– C’est moi qui suis content. En voyant ton regard émerveillé, je me dis que j’ai rempli mon quota journalier de bonnes actions. Et maintenant place au déjeuner. Entre nous, j’apprécie autant ce moment que celui sous l’eau. Quand le temps est calme comme aujourd’hui ; sortir le saucisson d’âne, laFigatelliet le Venaco, c’est un enchantement ; à part pour le nez, car ce fromage sent les pieds, mais étalé sur du bon pain de campagne tu m’en diras des nouvelles. Le tout arrosé d’un bon rouge de Propriano, c’est tout bonnement l’extase…

– Quand je pense au temps pas encore si vieux où on bossait comme des idiots dans notre minuscule appart à Toulouse, je me dis que ça donne à réfléchir. Pourquoi se casser la tête à Paris, alors qu’une vie riche nous attend ici ?

– Parce qu’il n’y a qu’en vous étant emmerdés la vie dans une grande ville à lutter pour votre survie, à essayer de percer dans le milieu qui est le vôtre, à jongler avec des emplois du temps de malades, à être de plus en plus stressés, à finir par ne plus avoir de vie sociale à cause de cette satanée horloge qui tourne inexorablement : que tu pourras vivre sereinement un jour dans un endroit comme celui-ci…mais pas avant.

– Merci pour le conseil, je tâcherai de ne jamais l’oublier.

Une heure plus tard le bateau est amarré, le matériel lavé et rangé. Charlie se glisse dans la Ferrari pour le retour, mais Tom se penche à la fenêtre de Doumé et lui glisse :

– Désolé, mais ce matin j’ai eu trop peur, alors plutôt que te priver de ton petit plaisir en te faisant rouler au ralenti, je vais rentrer à pied en flânant. Mais encore merci pour cette matinée que je ne suis pas prêt d’oublier. Par contre Charlie va faire le retour avec vous, parce que lui en crève d’envie.

– Ok petiot, comme tu voudras. On se revoit demain matin ?

– Sans faute, mais je prendrai ma Deutchole.

Partant d’un grand éclat de rire, Doumé démarre en faisant crisser les pneus devant les touristes abasourdis et les commerçants amusés.

– Je savais bien que tu ne ferais pas le retour !

Tom tourne la tête pour tomber nez à nez avec Louis. Le grand-père, qui connait les frasques de son ami pilote-plongeur, sait qu’une fois sur deux les gens ne veulent plus remonter dans le bolide.

– Allez, monte, je te ramène à allure plus que modérée, on va profiter du paysage.

– Merci beaucoup, je préfère mille fois rentrer les cheveux au vent dans votre Méhari qu’allongé dans cette fusée à roulettes.

Et tandis qu’ils savourent à leur juste valeur ces paysages sublimes, Tom lui pose la question qui lui brûle les lèvres depuis deux jours :

« Comment avez-vous atterri

En Corse ? »

 

 

 

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