Deux Chemins… Chapitre 5

Roman Deux Chemins... Une Seule Vie Chapitre 5 du romancier Gilles Deschamps

Roman Deux CHEMINS... Une Seule Vie de l'auteur Gilles Deschamps

 

––––  NON ––––

 

            Le lendemain matin, après une soirée riche en émotions, Tom dut revenir sur terre : il était aux JO pour une médaille… pas pour de la figuration. Il devait donc reprendre l’entrainement physique dès aujourd’hui s’il voulait être au top dans dix jours, date du slalom géant. Tous les skieurs alpins avaient un tronc commun d’entrainement, mais dans une deuxième phase ils étaient regroupés par spécialités. C’est ainsi que Tom passait chaque après-midi en compagnie de Léna, ce qui n’était pas pour lui déplaire.

            Les premiers jours il ne faisait que la regarder du coin de l’œil entre deux exercices d’étirements ou d’efforts physiques. Ensuite il osa l’aborder en l’aidant à mettre en place des poids sur la barre des haltères. Il n’en revenait pas de ce qu’elle pouvait souffrir dans cette salle de torture. Jusque-là il ne l’avait vue juste qu’à travers des retransmissions télé ou dans les rues des Saisies, mais il ne se doutait pas que cette jeune fille aux traits si fins, était capable de soulever de la fonte pendant des heures sans rechigner. Autant lui était captivé par Léna en short et débardeur tout en sueur, autant elle, ne le calculait pas beaucoup, concentrée qu’elle était sur son programme de musculation.

 

            Pour garder l’esprit d’équipe soudé, chaque fois qu’il y avait une compétition de ski alpin où un français participait, ils arrêtaient tous les entrainements et suivaient ensemble les courses. Ce fut ainsi qu’ils démarrèrent les Jeux par la descente homme et la septième place de David. Bien sûr il aurait préféré être plus haut dans les classements mais après tout : être dans les sept premiers descendeurs de la planète n’était quand même pas anodin. Le lendemain la descente fille prit le relais et la sentence fut exactement la même pour Marie : septième. Tous les jours il y avait une compétition de ski homme ou femme et malheureusement chaque fois l’ambiance retombait un peu plus dans le clan du ski alpin français, car plus aucun skieur ne rentra dans le top huit, et bien entendu, toujours pas de médaille à arborer fièrement.

            Pour Tom c’était un peu différent, il était tellement concentré sur sa course qu’il occultait tout le reste. En fait, le seul intérêt qu’il voyait à stopper l’entrainement pour regarder ses camarades concourir était qu’il pouvait passer une heure supplémentaire avec Léna. Pendant toutes ces années il en avait rêvé ; maintenant elle était en chair et en os devant lui, et la personne qu’elle était au quotidien lui plaisait beaucoup.

            D’une gentillesse incroyable et de loin la plus belle fille de l’équipe, tous les garçons lui tournaient autour comme des mouches autour d’un pot de confiture. Tom, de nature assez timide et benjamin de l’équipe, n’osait pas trop s’approcher d’elle, ne se sentant pas de taille face à des gaillards qui avaient quasiment tous remporté une compétition internationale. À vrai dire, cela l’arrangeait, car il pouvait à loisir se concentrer sur son épreuve tout en ayant la chance de la voir chaque jour.

 

            La première fois qu’ils se parlèrent vraiment fut un pur hasard. Tom devait passer au centre technique pour essayer et vérifier ses chaussures. Quand il entra dans la pièce, Léna était perchée sur un espèce de promontoire, en débardeur à fines bretelles, ses chaussures de ski aux pieds, et le technicien était concentré sur les crochets des grosses carcasses en plastique, quand elle l’aperçut.

            – Salut Tom ! Toi aussi tu viens régler tes shoes ?

            – En effet je dois y passer comme toi. Mais je reviendrai, lui répondit-il ne voulant pas la gêner.

            – Tu rigoles ! Tu peux rester ça me fera de la distraction pendant que Claude me triture les chevilles, plaisanta-t-elle en ébouriffant la chevelure du technicien énergiquement, provoquant un petit sourire sur le visage de ce dernier.

            – Ok, alors j’attends, lui dit-il en se juchant sur l’établi libre à côté d’eux.

            – Alors qu’est-ce que tu penses des Jeux ?

            – Tu veux dire par rapport à l’équipe, ou plus personnellement ?

            – L’équipe je sais que ce n’est pas brillant pour l’instant, par contre j’aimerais bien savoir ce qui se passe dans la tête de mon voisin le petit savoyard ?

            – Pour être tout à fait honnête, le fait d’avoir mon épreuve à six jours de la cérémonie de clôture ne me laissera pas trop le temps de profiter !

            – Et qu’est-ce que je devrais dire : moi c’est trois jours, plaisanta-t-elle.

            – Ah ouais ! En effet c’est encore plus short. Sinon, les mecs de l’équipe sont tops mais je n’arrive pas à me sentir légitime face à leurs palmarès.

            – Tu sais, j’étais exactement dans le même cas que toi il y a quatre ans, avec à peine une année de plus, et j’avais strictement le même ressenti. Mais tu verras, dès que tu accrocheras un bon résultat, tu feras partie intégrante du groupe. Tu as de la chance car cette année il te suffira d’une place dans les cinq premiers pour y arriver.

            – Tu crois ?

            – Ça a été le cas pour tous.

            – Désolé de vous couper, mais tes chaussures sont prêtes, tu peux y aller, les coupa le technicien qui faisait déjà signe à Tom de prendre la place de Léna.

            Tom voyait s’envoler un beau moment avec la fille de ses rêves, mais quelle ne fut pas sa surprise quand une fois enlevées ses chaussures, Léna sauta sur l’établi à son tour et continua la conversation avec Tom qui avait pris sa place sur le petit promontoire.

            – Moi je suis sûre que tu vas tous les épater le jour J, lança-t-elle.

            – Ça va être compliqué je pense.

            – Crois-en mon expérience. Il y a quatre ans personne ne donnait cher de ma peau et je me suis retrouvée en haut du podium des Jeux Olympiques à dix-neuf ans. Aie confiance ; l’âge n’a strictement aucune importance. Eux ont la connaissance et le professionnalisme : toi tu as la fraîcheur et l’insouciance.

            – Donc il faut que je me commande un costume si je comprends bien ? Et voyant l’air étonné de sa voisine, il reprit avec malice : pour le cocktail en l’honneur de ma future médaille !

            Léna éclata de rire et sauta de son tabouret de fortune.

            – Bon ! Je vois que ma préparation psychologique a marché. Là tu es au top, je peux y aller. On se retrouve à l’entrainement, lui dit-elle en lui faisant le même signe de la main…

 

            … lui rappelant qu’il était toujours à ses yeux, le petit garçon des Saisies.

 

 

––––  OUI ––––

 

            C’est étonnant comme quelque chose qui vous a obsédé durant une dizaine d’années, peut partir aussi vite qu’elle vous est apparue ! Depuis mon effondrement devant cette fameuse cérémonie : toute la pression s’est envolée. Je pars skier au gré de mes envies, sans me préoccuper des entrainements que j’ai volontairement boycottés. J’ai l’impression d’être plus léger… plus libre… en un mot : heureux.

            Pour l’instant je ne me pose aucune question, je vis la vie au jour le jour. C’est les vacances et pour la première fois je ne mets pas le réveil. Pour la première fois je peux rester bien au chaud quand il fait mauvais dehors. Pour la première fois je peux décider de regarder un film après manger et me contenter d’aller skier sur le coup de seize heures. Pour la première fois je peux rentrer chez moi après seulement une heure de ski. Pour la première fois je suis libre… libre de faire toutes ces choses dont j’ai toujours rêvé, sans jamais oser les entreprendre de peur de rater un entrainement ou d’être moins compétitif à la course suivante.

 

            Je suis là tranquillement installé sur le canapé en train de regarder une énième ineptie, quand on sonne à la porte. Ma mère va ouvrir et je l’entends dire au loin.

            – Il est dans le salon.

            Je pense qu’un copain est passé me voir, alors je me lève d’un bond et tombe nez à nez avec mon entraineur qui a la mine sombre.

            – Bonjour Éric !

            – Salut Tom ! Qu’est ce qui t’arrive ?

            – À propos de quoi ?

            – Arrête de faire l’andouille ! Pas de ça avec moi ! Ça fait six ans que je t’entraine et je te connais mieux que quiconque. Alors je te repose la question : qu’est-ce que tu fous ?

            – J’ai pas trop la forme en ce moment. Après tout, ce n’est pas si important de rater quelques jours d’entrainement !

            – Bien sûr que ce n’est pas très grave, mais venant de toi… il y a un souci. Je te rappelle que c’est toi l’année dernière qui es venu me chercher chez moi pour que l’on plante des piquets alors que le blizzard soufflait à en arracher les arbres. J’ai d’ailleurs eu toutes les peines du monde à te raisonner. Alors ce qui m’inquiète c’est pas un entrainement de plus ou de moins… tu en as au moins vingt d’avance par rapport aux autres, non, c’est pour toi que je me fais du souci.

            – Ok, c’est juste que je me suis posé beaucoup de questions et que j’en ai marre de me focaliser uniquement sur le slalom, alors j’essaie d’autres choses. La saison est presque terminée et je relâche un peu la pression puisque je n’ai plus rien à prouver. Je suis champion régional depuis deux semaines et pour la cinquième fois consécutive, le président m’a promis une place en équipe de France pour la prochaine Coupe du monde et j’ai raté les JO… donc je lève le pied.

            – Je sais que les Jeux Olympiques sont une pilule dure à avaler. Tu sais le vieux dicton qui dit qu’après une chute de cheval, il faut remonter sur l’animal avant d’en avoir peur… et bien aujourd’hui c’est pareil. Si tu délaisses un peu trop les piquets, ils vont finir par s’éloigner de toi.

            – Alors qu’est-ce que je dois faire ?

            – Demain tu t’équipes, tu es là à neuf heures trente pour l’entrainement et je peux t’assurer que toutes tes questions métaphysiques vont se volatiliser en enfilant des portes bleues et rouges.

 

            … Et voilà comment j’ai fait une croix sur mes premiers jours de liberté.  

             

 

––––  NON ––––

 

            Le jour « J » était enfin là, celui qu’il attendait depuis son plus jeune âge. Tom n’avait pas franchement bien dormi à cause de la pression qu’il s’était mise tout seul. Il était en train de finir de se raser quand on tapa à sa porte. Il l’ouvrit et aperçut son entraineur.

            – Tu peux te recoucher. C’est assez rare mais les organisateurs ont dû déplacer le Super G et ils n’ont trouvé que votre date pour le faire… si bien que votre slalom est remis à après-demain.

            – Et merde, ne put s’empêcher de lâcher le jeune skieur, qui était un peu comme un lion en cage qui n’attendrait qu’une chose : aller courir dans la savane, et à qui on viendrait de dire qu’il allait rester derrière les barreaux encore quarante-huit heures.

            – Le bon côté c’est que tu auras deux jours supplémentaires pour t’entrainer.

            Tom referma la porte et se laissa tomber sur le lit ; subitement toute la pression retomba et il se sentit vide. Heureusement c’était un champion, donc un être un peu différent des autres et au bout de quinze minutes il avait totalement reformaté son esprit et le slalom olympique du surlendemain était sa nouvelle date buttoir. Il était à présent remonté à bloc et prêt à redoubler ses entrainements pour être encore plus fort dans deux jours.

 

            Il s’isola et retourna dans sa bulle, comme il le faisait avant chaque compétition. Il chassa les yeux envoutants de Léna de son esprit et se focalisa uniquement sur son épreuve, si bien que cette fois-ci il dormit comme un bébé la nuit précédant son épreuve.

 

            Quand il arriva au sommet du slalom il n’entendait plus les conversations autour de lui. C’était comme si on avait coupé le son de la télé. Tom avait reconnu minutieusement le parcours, son entraineur lui avait donné deux ou trois conseils, ses collègues en vieux briscards plaisantaient, mais lui restait concentré à son maximum. Comme c’était ses premiers Jeux il n’avait pas un très bon dossard : le vingt-sept. C’était assez loin des premiers, mais dans son malheur il avait la chance que le temps soit glacial et la neige ultra dure, donc à priori le parcours ne devrait pas être trop détérioré pour cette première manche.

            Plus que quatre minutes, Tom enleva son sur-pantalon mais pour la première fois il ne put le donner à son père. Plus qu’une minute, il quitta son blouson et se retrouva dans la magnifique combinaison blanche moulante de l’équipe de France, parsemée de quelques touches de bleu et de rouge… comme les cinquante portes de ce slalom qui lui tendaient les bras. Tom positionna ses bâtons de chaque côté du portillon de départ, calma encore un peu plus son cœur qui battait déjà étrangement lentement, alors que huit mille kilomètres plus loin, dans la salle des fêtes des Saisies, des dizaines de palpitants s’emballaient. Ses parents et leurs amis avaient les yeux rivés sur l’écran géant que la station avait érigé pour l’événement.

            Quand Tom se souleva et s’extirpa en hurlant de l’aire de départ toute la salle passa en mode apnée. Le jeune skieur enchainait les portes avec une aisance déconcertante. Son premier partiel le positionnait dans le top dix. La salle commençait à retrouver de la voix. Quand le deuxième partiel apparut sur l’écran une clameur s’empara de la salle : il avait le quatrième temps. Plus que deux cents mètres et son ski était toujours exempt de toute forme d’erreur, seul son mauvais ordre de départ l’empêchait de briguer le podium.

            Maintenant toute la salle était déchainée et semblait vouloir combler les milliers de kilomètres qui la séparait de son champion afin de le porter vers cette banderole d’arrivée annonciatrice de lendemains chantants. Tom ne broncha pas et enleva le quatrième temps à la stupéfaction générale des journalistes et commentateurs de tous les pays qui avaient déjà entériné le classement. Ses amis de l’équipe de France vinrent le féliciter alors qu’eux avaient raté leurs parcours, et les micros commencèrent à pleuvoir sur lui.

            Du côté des Saisies c’était la liesse : le petiot était aux portes de l’exploit et avec son nouvel ordre de départ pour la seconde manche, ils ne donnaient pas cher de la peau des autres skieurs, en tout bons chauvins qu’ils étaient.  

 

            Au bout d’une trentaine de minutes, Tom comprit pourquoi Éric lui avait demandé de se maintenir au-dessus de seize de moyenne en anglais durant toutes ses années d’entrainements. En effet pour la première fois de sa vie il avait l’impression d’avoir changé de nationalité en ayant émigré de l’autre côté de la manche. Toutes les interviews qu’il donnait depuis la fin de la première manche étaient en effet dans la langue de Shakespeare. Heureusement pour lui, Léna vint à sa rescousse et l’extirpa des griffes de la presse qui n’avait subitement d’yeux que pour le jeune prodige français de presque dix-huit ans.

            – Heureusement que tu es venue ! Je ne savais plus comment me sortir de cet enfer.

            – Et ce n’est que le début mon cher ! plaisanta la jeune skieuse. La seule solution pour être tranquille, c’est d’osciller entre la vingtième et la trentième place ; là tu ne verras plus aucun journaliste à l’horizon. Mais avec ce que je viens de voir, tu vas être obligé de perfectionner ton anglais, lui dit-elle en souriant.

            – C’était bien vu de l’extérieur ?

            – C’était mieux que bien ! C’était parfait ! La seule chose qui t’a empêché d’enlever la manche, c’est ton ordre de départ catastrophique. Avec les ornières qu’il y avait, c’est déjà un miracle que tu nous aies sorti un temps comme celui-là.

            – Merci ! Venant de la tenante de la dernière médaille d’or de la spécialité… je suis touché.

            – Pendant que tu blablatais dans une langue qui ressemblait approximativement à de l’anglais, j’ai repassé les courses des six premiers. Ce qui en ressort, c’est qu’ils ont tous eu du mal sur le haut du parcours… sauf toi. Dans maintenant trois heures il y a la deuxième manche et c’est au départ du slalom que tu vas les atomiser. Tu dois fournir le plus gros effort dès les premiers piquets, là où tu as le plus de facilité par rapport à eux.

            – Pourquoi, tu crois que j’ai une chance d’accrocher le bronze ?

            – Huit dixième de retard, avec ce que je viens de voir, c’est jouable… pour l’or, lui répondit-elle du tac au tac sans sourciller le moins du monde. Maintenant mange vite quelque chose et va t’isoler, ne parle plus à personne. J’ai remarqué que c’était ta façon à toi de te préparer, et dans trois heures il risque d’y avoir une médaille de plus aux Saisies.

            Tom la remercia pour les conseils et le fait qu’elle croie en lui. Quand il s’en alla, il n’en revenait toujours pas que ce soit elle qui soit venue le chercher, mais il savait qu’il devait la chasser de son esprit : à partir de treize heures trente il aurait tout le temps de fantasmer sur elle.           Il suivit scrupuleusement ses conseils et trouva un coin tranquille où il put rentrer dans une sorte de méditation qui le coupa du monde réel et quand il se présenta au départ de la seconde manche ; il avait un regard de tueur. Ce n’était plus le petit garçon timide qui n’osait y croire.

            Il était entouré par les plus grands champions de la spécialité. Des skieurs qu’il avait passé des heures à admirer dans les magazines ou à la télé. Aujourd’hui ces mêmes vedettes étaient venues lui serrer la main, lui souhaitant la bienvenue dans le grand cirque blanc. Mais Tom n’était pas dupe. Il savait qu’en vieux briscards qu’ils étaient, ils faisaient ça pour le déstabiliser avant la course. Heureusement il s’était mentalement préparé à cette éventualité et leur serra la main comme si c’était des copains d’entrainement, éludant en toute conscience le nombre de Globes de cristal qu’il côtoyait à cet instant… alors qu’il n’avait même pas une seule victoire à son actif. 

            Le skieur norvégien venait de s’élancer : c’était à son tour. Toujours enfermé dans sa bulle, le regard perçant focalisé sur la première des cinquante portes olympiques, Tom ancra ses bâtons dans la neige, il serra de toutes ses forces ces derniers comme s’il allait transpercer le manteau neigeux. Les mots de Léna lui revinrent en flash « C’est dans le haut du parcours que tu feras la différence ». Le décompte stoppa : le départ était donné. Tom poussa de toutes ses forces, comme si sa vie en dépendait. Il devrait à présent se préparer à négocier les premiers piquets bleus, mais il décida de pousser une dernière fois sur ses bâtons et sa préparation à négocier la première porte arriva une fraction de seconde en retard. Heureusement, par on ne sait quel miracle, il réussit sa courbe à la perfection. Ses yeux étaient déjà focalisés sur la rouge qui suivait, prenant tous les risques il déclencha son virage un peu plus tôt et frôla le piquet intérieur.

            Aux Saisies sa mère était au bord de l’évanouissement.  Mais son diable de fils ne tremblait pas. Il était dorénavant en avance sur les partiels des trois premiers concurrents. S’il continuait sur le même rythme Tom avait une chance d’accrocher l’or. Alors, se disant qu’il n’avait rien à perdre, il décida de relancer encore entre les trois dernières portes, au lieu de se mettre en position de descendeur et de rester fluide comme tous les autres, au risque de se déstabiliser. Il venait de franchir les derniers piquets et continuait de pousser fort tout en faisant un pas de patineur à haute vitesse avec toute l’énergie du désespoir. Mais voilà… trop c’était trop et alors qu’il n’était qu’à deux mètres, sa quête de vitesse le déséquilibra, il tint encore un mètre sur une jambe et, devant toute la presse internationale et des millions de spectateurs, s’étala de tout son long.

            Sa mère était effondrée, son père avait les bras ballants, Tom aurait voulu creuser un tunnel dans la neige afin de pouvoir s’éclipser comme par magie. Il ne voulait pas se relever et affronter le regard moqueur de l’assistance, quand plusieurs bras puissants l’arrachèrent du sol. À son grand étonnement, quand il rouvrit les yeux la foule était en délire… Tom était perdu. Aux Saisies ils avaient compris en voyant s’afficher le temps.

            – Mais pourquoi les gens applaudissent ? demanda Tom à ses coéquipiers qui le portaient en triomphe.

            – Parce que ta cabriole n’a eu aucune incidence sur le temps puisque tu es tombé après la cellule. Tu as amélioré d’une seconde, ce qui veut dire…

            – Que je suis en tête pour deux dixièmes, hurla Tom qui venait enfin de comprendre qu’il se dirigeait probablement vers sa première médaille d’or.

 

            Après quelques instants de relâchement Tom se reprit car il restait somme toute encore une dizaine de clients pour le podium, mais au bout de quinze minutes l’affaire était entendue, plus personne ne pourrait le rejoindre : il venait de décrocher la médaille d’or aux Jeux Olympiques à dix-sept ans et onze mois. Dans les montagnes Savoyardes les gens dansaient de bonheur et s’apprêtaient à passer une soirée de fête avec le décalage horaire. Tom dut reprendre son charabia franglaisavec les dizaines de micros qui lui était tendus et on vint le chercher pour le podium.

            Maintenant il pouvait se lâcher. Il sautait partout. Ses copains le roulèrent dans la neige, ensuite le portèrent comme un pharaon égyptien et le déposèrent sur la plus haute marche de cet improbable dénouement olympique. Tom saluait la foule quand un visage lui apparut. Une fille aux cheveux blond le fixait d’un regard différent. Léna semblait enfin avoir tourné la page avec le petit garçon des Saisies. Elle lui fit un clin d’œil, leva les mains en mimant une personne qui applaudit, ensuite elle enleva son bonnet et le lui jeta comme on jette des fleurs sur une scène après un spectacle éblouissant.

            Tom le saisit au vol et lui renvoya machinalement un baiser virtuel de la main. Mais déjà l’hymne français retentissait et Tom se redressa solennellement. Le calme qui régnait était tout à coup oppressant. Les paroles de la Marseillaise résonnaient dans les montagnes. Tom essaya de chanter, mais les mots s’étranglèrent  dans sa gorge. Il attrapa sa médaille et la regarda avec incrédulité. Quand le Aux Armes Citoyensretentit, ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase pour le pauvre Tom et un flot de larmes coula abondamment sur ses joues alors qu’il restait digne…

 

            … du haut de la plus haute marche de ce podium olympique canadien.

 

 

––––  OUI ––––

 

            Je suis un bon gars dans le fond ! Mon entraineur me dit de venir m’entrainer alors que je décide de faire un break et j’y vais. Ok, sans grande conviction, mais j’y vais. À neuf heures vingt-huit je suis devant le local de l’équipe des sports. Éric est là et fait comme si rien ne s’était passé.

            – Tom, tu prends ce lot de piquets, Jérôme celui-là, Martin la cellule et je prends la foreuse. C’est parti.

 

            Sur le téléski me montant au départ de la piste d’entrainement où j’ai l’impression d’avoir passé ma vie, porter les piquets sur mon épaule me semble pour la première fois une corvée. Pendant la demi-heure qui suit je fais passer un par un ces derniers à Éric qui a méticuleusement perforé la neige glacée auparavant et sur le coup de dix heures trente je suis enfin prêt. Les deux bâtons de chaque côté du portillon, je m’apprête à m’élancer quand une pensée me traverse l’esprit : tu te rends compte que sans cette foutue huitre, tu devrais être au Canada pour disputer ce soir ton premier slalom olympique ! Au lieu de ça tu vas enfiler pour la cent millième fois des piquets sur cette sempiternelle piste que tu pratiquais déjà à dix ans. Tu es pathétique en fait !

            Je m’élance quand même en essayant de faire de mon mieux, mais quand le moral n’y est pas, curieusement… rien ne va. À l’arrivée, Éric regarde le chrono, fait la moue et me dit de remonter ; que ce n’est qu’une mise en jambe. Mais voilà : à midi je suis toujours dans le fond des grilles de temps alors que d’habitude je les survole et l’après-midi n’est qu’une confirmation de mon manque de compétitivité.

            – Allez ! Ce n’est pas grave Tom. Demain sera un autre jour ! me lance mon entraineur se voulant réconfortant, alors que cette journée ne fait que confirmer ce que je ressens au fond de moi. Tu viens voir le slalom olympique à la salle des fêtes ce soir ?

            – Non. Tu m’excuseras, mais c’est trop dur à avaler pour moi. Je viendrai pour celui de Léna.

            – Ok ! Je comprends. Mais ne désespère pas : l’année prochaine sera ton année, il te suffit de patienter encore un peu… tu es jeune.

            Je lui souris en m’éloignant mais au fond de moi un gros doute m’assaille. Une fois au chalet, de retour dans la chaleur du cocon familial je me sens mieux : prêt à affronter le juge de paix du direct des JO qui commence dans cinq minutes. Il est neuf heures trente au Canada quand le premier skieur s’élance. Mes parents suivent eux aussi l’événement, mais n’osent pas me regarder. C’est très dur pour moi, mais il faut que je tienne le coup, ne serait-ce que pour ma mère qui aimerait croire que j’ai avalé la pilule.

            J’éprouve un sentiment étrange alors que les skieurs revêtus de leurs combinaisons aux couleurs du monde entier dévalent cette piste olympique. J’aimerais être dans le petit écran en ce moment, mais j’ai perdu la niaque qui, comme le phénix, me permettrait de renaître de mes cendres. J’ai l’impression, fausse, que le train est passé et qu’aucun autre ne s’arrêtera dorénavant. Une fois la première manche terminée, je suis dubitatif et l’ordre de passer à table de ma mère me sauve d’une énième introspection.

 

            Pendant le souper, mon père essaye de me parler de tout et de rien, sentant qu’il ne faut pas trop remettre le couvert sur le slalom géant des Jeux. C’est étrange car, alors que depuis une dizaine d’années l’essentiel de nos conversations tourne autour du ski, curieusement aujourd’hui entre deux manches olympiques auxquelles j’aurais dû participer, nous n’effleurons même pas le sujet.

 

            À vingt et une heure on est à nouveau installés pour suivre la deuxième manche et je me surprends à penser, au fur et à mesure du passage de la ligne d’arrivée des skieurs, que j’aurais pu faire mieux. Julien, notre meilleur représentant français est neuvième, à une seconde vingt de la première place au cumul des deux manches. Je sais pertinemment que je vaux au moins six dixième de mieux que lui sur un parcours, ce qui me mettrait sur le podium aujourd’hui…

 

            … si je n’avais pas dit « Oui » à ce foutu mollusque.

 

 

––––  NON ––––

 

            Depuis la veille Tom vivait des Jeux Olympiques totalement différents. Il enchainait interviews sur interviews sous le regard amusé de ses coéquipiers. Il n’avait plus besoin de s’entrainer puisque son épreuve était terminée et il profitait enfin du bonheur d’être là. Il prit aussi le temps d’aller admirer Léna dans son slalom en allant la voir au milieu de ce dernier, au lieu de l’attendre à l’arrivée. Elle était aussi douée sur des skis qu’elle était belle dans la vie et c’était toujours un bonheur de la voir évoluer sur la neige. La maitrise de son art était totale et elle ne dut qu’à l’extraterrestre du moment, l’américaine Lindsey Vonn, de ne finir que deuxième de la première manche.

            Mais de mauvaises nouvelles arrivaient en provenance du ciel : le brouillard semblait s’être installé et n’avait, à priori, pas l’intention de vouloir bouger, trouvant le coin intéressant pour y passer la nuit. Après trois reports, le comité olympique fut dans l’obligation de repousser au lendemain, pour la première fois depuis très longtemps, la deuxième manche du slalom féminin. C’était nerveusement une épreuve assez dure à encaisser pour les skieuses, car autant arriver à rester concentrées l’espace de quatre heures entre deux manches était quelque chose qu’elles avaient appris à gérer, autant une nuit était une autre histoire.

 

            Tom était sorti faire un tour dans le village olympique après le repas du soir et en rentrant au camp de base de l’équipe de France, il reconnut Léna. Elle était seule, appuyée à la rambarde, regardant l’horizon composé de majestueuses montagnes vêtues de leur grands manteaux blancs semblant émerger de la nuit comme par miracle. Il ne réfléchit pas et prit la direction de la jeune championne, probablement que son nouveau statut de petit prince du ski français, comme l’avait surnommé la presse, lui donnait des ailes.

            – Léna ! Tout va bien ? Tu ne devrais pas être dans ta chambre en train de te reposer ?

            – Tom ! s’étonna-t-elle en se retournant. Je n’arrivais pas à dormir, alors je suis venue prendre l’air cinq minutes.

            – Je comprends, ce doit-être une situation compliquée à gérer… surtout quand une deuxième médaille d’or est en jeu.

            – Tu ne crois pas si bien dire ! Bien que franchement je ne vois pas comment je pourrai reprendre trois dixièmes à Lindsey !

            – Il ne faut jamais dire jamais. Tout peut arriver demain : une malencontreuse faute de carre, un piquet percuté un peu trop, un rayon de soleil qui l’aveugle. Ok pour cela il faudrait que le brouillard veuille bien aller faire un tour ailleurs ; enfin tu vois ce que je veux dire !

            – J’aimerais bien croire à tout ça, mais cette diablesse d’américaine a déjà enlevé l’or en descente !

            – Oui, mais en « Super G » elle n’a fini que troisième, alors pourquoi pas deux en « Géant »… derrière toi !

            – Tu as raison, dit-elle soudainement ragaillardie. Mais dis-moi ! Il y a vingt-quatre heures, c’était moi qui te donnais des conseils. On dirait que le petit garçon des Saisies a disparu pour donner place à un nouvel homme !

            Tom fut soudain heureux que la scène se passe dans la nuit car il était rouge comme une pivoine. Elle se pencha vers lui, lui déposa un bisou sur la joue comme pour le remercier de cette jolie pensée qui allait lui sauver sa nuit et repartit en direction de l’hôtel. Il resta quelques minutes supplémentaires à contempler le paysage… de toutes façons, il n’avait pas le choix : s’il la suivait, elle remarquerait vite sa belle couleur de peau écarlate et il perdrait le peu de crédit qu’il venait de gagner auprès de sa déesse des Saisies.

 

            Le lendemain matin les skieuses eurent toutes peur que le scénario de la veille ne se reproduise, le brouillard étant toujours copieusement installé sur le parcours du Géant féminin. Heureusement pour elles, les premiers rayons de soleil  eurent raison de ce dernier qui décida de prendre la poudre d’escampette. Lindsey s’élança la première, quand elle passa devant Tom ce dernier comprit pourquoi son amie l’avait appelée l’extraterrestre. Mais à peine était-il encore en train de s’extasier devant la blonde américaine qu’un nuage de poudreuse s’éleva et quand il retomba, la skieuse était à terre se tenant la main. Aussitôt la course fut neutralisée pour porter secours à la championne. Heureusement ce n’était qu’une petite fracture du doigt et elle pourrait prendre part au Slalom spécial le dernier jour, mais c’en était terminé pour ses chances de médaille en Géant.

            C’était à présent une nouvelle course qui démarrait, puisque Lindsey avait chuté, c’était Léna qui passait en tête des tableaux d’affichage. Elle se présenta au portillon flanquée de son beau numéro un, attaqua son rituel de départ et s’élança. Elle passa au niveau de Tom dans un style quasi identique à celui de l’américaine, mais ne chuta pas. Et quand elle passa la ligne d’arrivée, elle poussa un grand soupir de soulagement : elle serait au moins sur le podium. Elle fut même virtuellement médaille d’or olympique l’espace de sept minutes, et alors qu’elle commençait réellement à y croire, la jeune skieuse allemande de vingt ans Viktoria Rebensburgla priva de son doublé historique. Car aucune française jusque-là n’avait réussi le doublé sur deux Jeux Olympiques consécutifs, à part Marielle Goitschel mais c’était en Slalom Spécialet non pas en Géant.

            Ce fut difficile à avaler pour Léna, car la médaille d’argent était la première des perdants. Heureusement pour elle, tout le groupe français lui offrit une fête digne de la médaille d’or et la déception fît rapidement place à la fierté d’avoir remporté deux médailles en autant de Jeux. Mais ce qui la toucha le plus : c’est que Tom, qu’elle commençait à voir sous un nouvel angle, lui ait dit qu’il était doublement fier d’être comme elle, soit médaillé et des Saisies. En effet il était arrivé au Canada rasé de près, les cheveux bien coiffés en petit garçon sage qu’il était. Pendant la durée des JO sa barbe avait poussé, il avait laissé ses cheveux mi-longs reprendre leur liberté et au bout de quinze jours, du haut de son mètre quatre-vingt-cinq tout auréolé de sa médaille d’or…

 

            … il avait une tout autre allure et elle commençait à le regarder avec un certain intérêt.  

 

 

––––  OUI ––––

 

            Le lendemain de la manche homme de Géant, je suis ragaillardi et c’est plein d’entrain que je repars à l’entrainement, fermement décidé à assurer ma place en équipe de France. Éric a préparé le slalom et je n’ai plus qu’à démarrer par un passage de reconnaissance, avant de tout donner dans le second, mais une fois en bas, il me regarde avec étonnement. Je suis dans les temps de Clément, alors que d’habitude je suis environ une seconde trente devant. Deux options s’imposent à moi : ou il a progressé d’un bond pendant les vacances, ou quelque chose s’est cassé dans la machine à gagner que je suis devenu à force de dur labeur, et malheureusement je penche pour la deuxième explication. J’ai beau passer et repasser dans le slalom… rien n’y fait, je n’arrive pas à devancer mon copain qui me colle toujours un ou deux dixièmes.

 

            Le soir en rentrant au chalet j’ai le moral dans les chaussettes, mais en regardant le programme des JO qui est devenu mon feuilleton de dix-huit heures, je sens une forme d’allégresse m’envahir : c’est le grand soir de Léna. La seule évocation de ma belle savoyarde, avec son portrait en vignette à l’écran, chasse instantanément tous les doutes qui s’étaient emparés de moi. Comme pour les hommes, je n’irai pas au foyer voir le direct sur grand écran, préférant la chaleur du cocon familial. J’ai à peine le temps de m’asseoir avec mon thé encore fumant que déjà Léna est dans l’aire de départ, arborant fièrement son numéro un de tenante de la dernière médaille d’or de la spécialité.

            La caméra, n’ayant rien à se mettre sous la dent puisqu’aucune candidate n’est encore sur le parcours, s’attarde longuement sur les préparatifs de ma belle skieuse française. J’en apprécie chaque mouvement et chaque gros plan du réalisateur. Quand ce dernier s’attarde sur le regard perçant de Léna, je suis à deux doigts de vaciller. Elle me tue littéralement… cette fille est parfaite et me fait rêver depuis tant de temps ! Ensuite le caméraman se détache légèrement de la championne et la combinaison moulante soulignant parfaitement son corps de rêve ne fait que retourner un peu plus le couteau dans la plaie. Au moment où elle s’arrache du portillon et se dirige vers la première porte mon cœur est en apnée comme si ma vie en dépendait.

            La minute vingt-deux que dure la descente me semblent une éternité. Je tremble à chaque enchainement, je frissonne quand elle semble se déséquilibrer et j’exulte quand elle passe la ligne d’arrivée. Son meilleur temps ne dure que le temps à Lindsey d’en finir avec son parcours. Le rouleau compresseur américain a encore frappé. Cette fille est incroyable… elle gagne tout en ce moment. Mais Léna devait s’y attendre car aucune trace de désespoir ne se lit sur le visage de la jolie blonde des Saisies.

            Une dernière fois avant de rendre l’antenne le réalisateur fait un gros plan sur le sourire ravageur de Léna ; j’appuie machinalement sur le bouton de pause du direct de la box et je bloque sur son visage avant de me rendre compte que je ne suis pas seul. Alors que je suis comme hypnotisé par les yeux de Léna, mes parents me fixent avec étonnement. Vite il me faut trouver une porte de sortie.

            – Vous vous rendez compte ! Elle est des Saisies ! est la seule chose qui me vient à l’esprit.

            – En effet ! Mais ça on le savait, non ! me lance mon père, pas tout à fait convaincu de l’explication de mon bug devant la télé.

            –  Et dire que j’aurais pu être avec elle, si… et je me lève sans finir ma phrase, me disant qu’ils n’oseraient pas surenchérir là-dessus.

            Une fois le repas terminé je me réinstalle devant la télé et quelle n’est pas ma déception en m’apercevant que la manche est remplacé par du curling… spécialité contre laquelle je n’ai rien, mais qui ne fait pas le poids face à un slalom géant de Léna. Toutes les demi-heures la manche est repoussée à cause du brouillard et quand, finalement, le comité olympique prend la décision de reporter la manche, je vais me coucher un peu ronchon.

            Après une nouvelle journée d’entrainement désastreuse qui commence à inquiéter mon entraineur, je me réinstalle devant ma télé afin de suivre la deuxième manche de Léna. Au moment où la grande championne Lindsey chute, mon cœur s’emballe : Léna a une réelle chance de médaille d’or. Malheureusement mon entrain ne sera que de courte durée. La détresse sur le visage de Léna, au moment où la jeune allemande lui subtilise la médaille, est cette fois palpable. Je suis aussi anéanti qu’elle, quand une pensée étonnante me parcourt l’esprit : elle a vingt-trois ans, donc dans quatre ans pour les prochains JO elle en aura vingt-sept et j’y serai avec elle… c’est sûr.

 

            Cependant le lendemain matin en sortant de mon lit : toutes les belles résolutions de la veille se sont envolées avec la nuit. Même le fait de m’entrainer intensivement jusqu’à la fin de la saison en cours, afin d’être sûr d’intégrer l’équipe de France aux côtés de Léna, ne fait pas le poids face à l’envie d’aller skier hors-piste sous le regard bienveillant de mon merveilleux Mont Blanc. Cependant je n’ai pas le courage d’affronter Éric, ayant peur de fléchir une fois de plus face aux arguments plus que convaincant de mon coach, alors je décide tout simplement de faire l’école buissonnière.

            La journée terminée en ayant skié avec la banane accrochée à mon visage, contrairement à celui crispé de mes longues heures d’entrainement, ne fait qu’entériner la décision qui mûrit dans ma tête depuis quelques jours. Une fois à table, je prends mon courage à deux mains et je me lance :

            – Maman, papa, j’ai quelque chose d’important à vous dire.

            – On est tout ouïe mon chéri.

            – Voilà ! Vous allez trouver ça sûrement étrange, voire inattendu, mais je peux vous assurer que c’est mûrement réfléchi.

            – Arrête de nous faire languir et dis-nous plutôt de quoi il est question.

            – Ma saison est terminée ! lâché-je abruptement.

            – Quoi ! Tu t’es blessé ?

            – Non. Je vais bien. J’ai juste un ras-le-bol incroyable. En plus je suis déjà champion régional et je n’arrive plus à me motiver.

Mais voyant l’incrédulité de mes parents, j’essaie de les rassurer.

– Les entrainements de l’équipe de France ne commenceront qu’en octobre, comme me l’a promis le président de la fédé. Je vais donc prendre un peu de recul

avec la compète durant les sept mois à venir…

 

 

 

                                   … et vivre enfin pleinement.

 

 

ebook : 3,70 E

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